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Mettre fin à un projet qui fonctionne pour s’autoriser à inventer la suite, c’est l’un des actes les plus courageux et les plus déstabilisants qui soit. Pas parce qu’on ne sait pas ce qu’on veut. Mais parce qu’entre ce qu’on quitte et ce qu’on n’a pas encore construit, il y a un entre-deux qui ressemble parfois au vide.

C’est la décision que j’ai prise récemment : clore le programme de coaching phare que Change ma vie proposait depuis plus de cinq ans et qui nous a permis d’accompagner plus de 4 000 personnes.

Non pas parce qu’il ne fonctionnait plus — nos client·es continuaient à avoir des résultats extraordinaires — mais parce que je sentais, moi, qu’j’étais arrivée à la fin d’un cycle et qu’il me fallait un espace de réflexion pour me reconnecter à qui j’étais devenue et inventer la suite.

Dans cet épisode, je vous explique comment j’organise cette phase de réflexion, de reconnexion et de réinvention. Et comment vous pouvez vous approprier la même structure si vous traversez vous aussi une transition professionnelle ou personnelle.

La tentation des deux extrêmes

Quand on décide de mener une phase de réflexion profonde, il y a deux pièges symétriques.

Le premier, c’est la jachère : ne rien structurer du tout, attendre que l’inspiration tombe d’elle-même, espérer que « ça vienne ». C’est séduisant. Mais dans les faits, on risque de perdre du temps sans avancer.

Le second piège, c’est l’hyper-structure : se faire un programme de développement ultra-cadré, conduire une réflexion comme une étude de marché, mesurer ses progrès chaque semaine. C’est rassurant. Mais ça peut étouffer exactement le type d’espace dont on a besoin pour faire émerger quelque chose de nouveau.

Ce que j’ai cherché pour moi-même, c’est un cadre souple — ni vide ni rigide — qui me permette de savoir au jour le jour où orienter mon attention, mon énergie et mon temps. Une recette de quatre-quarts, avec quatre dimensions qui se nourrissent mutuellement.

Les 4 dimensions d’une phase de réinvention

1. La connexion à soi

Tout part de là. Si on commence par regarder ce que font les autres, on risque de passer à côté de quelque chose d’unique — les envies, les idées, la créativité qui n’appartiennent qu’à soi.

Cette dimension passe par des pratiques d’introspection : l’écriture réflexive (se poser des questions par écrit et y répondre pour cheminer plus loin que dans sa propre tête), le coaching, la méditation, le breathwork, les marches méditatives sans rien écouter.

La limite de cette seule dimension : on peut finir par tourner en rond avec ses propres idées. Comme dans un avion où l’air est recyclé — au bout d’un moment, on a besoin d’air frais.

2. La connexion aux autres et au réel

C’est cet air frais. Cette dimension consiste à observer ce qui se passe à l’extérieur de soi : lire des analyses, interroger des personnes dont on respecte le point de vue, échanger avec des gens qui opèrent dans des domaines proches ou connexes.

L’enjeu est de trouver la zone de recouvrement entre ce qui se passe à l’intérieur de soi et ce que le monde extérieur demande ou expérimente.

Mais cette dimension a une limite souvent sous-estimée : en se connectant à l’extérieur, on risque d’absorber sans le questionner le point de vue des autres — y compris leurs croyances limitantes. On en a généralement suffisamment soi-même pour ne pas adopter celles des autres. L’antidote, c’est de toujours faire passer ces informations par son propre filtre, de revenir à la première dimension pour vérifier comment on les reçoit.

3. La sérendipité

La sérendipité, c’est le processus par lequel on découvre quelque chose qu’on ne cherchait pas. Et c’est souvent comme ça que naissent les idées vraiment nouvelles.

Dans une phase de réinvention, ça consiste à réserver du temps, de l’espace et de l’énergie pour des activités qui, en apparence, n’ont rien à voir avec le sujet de sa réflexion : aller voir des expositions, passer du temps avec des personnes qu’on aime sans agenda particulier, lire des choses décalées, faire des activités créatives, se mettre dans un état de flot.

L’idée n’est pas de se disperser, mais de se mettre au contact d’autres environnements, d’autres façons de penser — pour que des correspondances inattendues puissent se faire. L’innovation naît souvent d’une confluence entre des domaines qu’on n’avait pas pensé à relier.

Pour éviter l’éparpillement, l’outil est simple : après chaque expérience de sérendipité, revenir à la première dimension et s’interroger par écrit sur ce qui a résonné, ce qui a surpris, ce qui a parlé.

4. La création

Les trois premières dimensions ont en commun d’être orientées de l’extérieur vers soi. La quatrième inverse le mouvement : c’est transformer ce qu’on a absorbé en quelque chose qu’on propose au monde.

Pour ma part, cette dimension prend la forme des emails hebdomadaires de la newsletter et des épisodes du podcast. Mais la forme importe peu. Ce qui compte, c’est que le processus de création force une intégration plus profonde : quand on réfléchit pour soi, on peut rester dans le flou. Quand on décide de transmettre à d’autres, on s’aperçoit ce qui manque, ce qui n’est pas logique, ce qui a besoin d’être précisé. Et les retours extérieurs nourrissent à leur tour la réflexion.

La grande limite de cette dimension : elle est chronophage. Si on n’y prend pas garde, elle peut dévorer les trois autres. J’en sais quelque chose — après neuf ans à publier chaque semaine sans exception, j’ai dû renoncer au rythme hebdomadaire pour que cette quatrième dimension ne vienne pas asphyxier les trois premières. Ce n’était pas facile. Mais c’est la décision la plus alignée que j’aie pu prendre.

Ce que vous pouvez en faire

Si vous traversez vous aussi une phase de transition, voici les quatre questions à vous poser :

  • Quelles pratiques vous permettent de vous connecter à vous-même et de faire émerger qui vous êtes devenu·e ? Écriture, coaching, méditation, marche — et quel temps pouvez-vous leur consacrer ?
  • Sur quels sujets avez-vous envie d’observer ce qui se passe à l’extérieur de vous ? Avec qui avez-vous envie d’échanger ?
  • Quelles activités, en apparence sans rapport avec votre sujet, vous donnent envie de les faire juste parce qu’elles vous animent ?
  • Sous quelle forme pouvez-vous restituer ce qui commence à émerger — pour l’affiner et recevoir un regard extérieur ?

La recette n’est pas d’allouer exactement 25% à chaque dimension. C’est de s’assurer que les quatre ont leur place, et qu’aucune ne phagocyte les autres.

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